- Yoganidra et La Fête du Sommeil -

शयनोत्सवं यथा कुर्यात् तथा जागरणोत्सवम्

śayanotsavaṃ yathā kuryāt tathā jāgaraṇotsavam 

« De même, il faut accomplir la fête du sommeil, ainsi que la fête de la veille ou du réveil ». 

Devī-Gītā 10.45ab

 

Le 10 juillet 2022 marque le début de Śayana-Utsava qui désigne littéralement « la fête du sommeil ». Śayana désigne à la fois le lit, la couche, le sommeil et le repos. Utsava signifie la fête, le festival, la joie et le bonheur. 

Les légendes de l’Inde raconte que le onzième jour (śayana-ekādaśī) de la quinzaine claire du mois d‘āṣāḍha [fin juin ou début juillet], à la fin de l’été indien, quand la mousson fait légèrement tomber la température et qu’il est plus facile de s’endormir, Viṣṇu s’apprête à se reposer, en plongeant dans le sein de la Déesse Yoganidrā, le Sommeil du Yoga, la Mère de l’univers, qui n’est autre que Lalitā, la Joueuse, encore nommée Yogānandā, la Félicité du Yoga.

De la même façon que le dévot prépare sur son autel le lit de Viṣṇu, dans la forme du serpent Śeṣa le Vestige, ou Ananta l’Infini, symbolisant les résidus de l’univers entre deux cycles cosmiques et le germe de la prochaine création, il s’allonge également dans le sien avec la ferme résolution de rejoindre la Déesse, c’est-à-dire la bienheureuse Conscience. 

 

Le dévot doit ensuite célébrer Viṣṇu, lui offrir l’upavīta, le cordon sacré, et littéralement le mettre au lit pour le faire dormir. Puis d’autres dieux, déesses et êtres célestes vont aussi dormir ainsi durant les quatre mois de la mousson qui symbolisent alors la nuit des dieux. À la fin de la nuit cosmique, le onzième jour de la quinzaine claire de kārttika [fin octobre-début novembre qui tombera cette année le 4 novembre 2022], jour favorable à la libération, les dieux se réveilleront un par un pour Jāgaraṇa-utsava, la fête de la veille qui célèbre le réveil. 

 

Au-delà de la légende, la résolution du yogi ne concerne pas que le moment de dormir, à la nuit tombée et à un moment particulier, mais concerne chaque instant, car c’est avant tout intérieurement que le yogi doit s’allonger, les yeux ouverts, dans la paix silencieuse du sommeil profond conciliée à la clarté tranquille de la veille, pour s’oublier dans la Déesse, dissoudre le démon du « moi-je » et ne faire qu’un avec le Cœur de la Yoginī. La nuit des dieux est aussi celle de tous les êtres qui vivent leur sādhanā dans le non-effort du sommeil conscient, en se reposant dans la matrice originelle, la source savoureuse de toute chose. 

 

Cette Déesse, ou Conscience, qui accorde aussi bien le plaisir que la libération, à la fois transcende tout, au-delà du temps et de l’espace, et imprègne tout, aussi bien les états de veille, de rêve et de sommeil profond, que les êtres animés et inanimés. Yoganidrā, ou Lalitā, est aussi nommée Ajā, la Non-née, l’Incréée, ou encore Parā, la Suprême.

Bien qu’elle prenne les formes du veilleur, du rêveur ou du dormeur, elle ne dort ni ne veille. Elle est, simplement. Elle est la Présence éternelle et joyeuse en chacun de nous, en dehors de laquelle rien n’existe.

Bonne nuit à Toutes et à Tous

Et pour fêter le Réveil, venez pratiquer avec nous à Rishikesh en novembre !

 

Pierre & Karina

 

 

Références : Le chant de la Déesse, la Devī-Gītā & autres textes de la Tradition Śākta, Introduction, translittération, traduction du sanskrit et notes de Pierre Bonnasse, Almora 2021 ; cf. note n°283 pour la fête du sommeil.

Autres référencesNīlakaṇṭha Devī-Bhagavatamīkaṃ 7.38.45 ; Vāmana Purāṇa 17.3-29 Vārāha Purāṇa 209.30 Lalitā-sahasra-nāma-stotram 129, 162, Nom 656 et 866.

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